Points d’attention pour une catéchèse avec les familles

par Clotilde Levesque du SNCC -

Introduction :

Nous allons nous placer du point de vue des catéchistes que nous sommes, animateurs de l’éveil à la foi, de la catéchèse de l’enfance ou des adultes, de la pastorale familiale…

Vous avez saisi l’intérêt que nous portons à l’exhortation apostolique, Amoris Laetitia ! Nous y avons trouvé un élan, une dynamique, qui a rejoint notre réflexion sur la manière de rencontrer les familles dans l’éveil à la foi et la catéchèse.

Oranne de Mautort nous a parlé hier des changements de perspective qu’induit le pape François avec Amoris laetitia (changer de regard, nous faire proches…), qui étaient déjà présents dans Evangelii gaudium. Ces changements font partie de notre réflexion en catéchèse. Les orientations du Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France et la pédagogie d’initiation nous ont déjà fourni des éléments pour vivre cette conversion… nous allons voir qu’en catéchèse nous avons un savoir-faire, beaucoup de créativité, d’expérimentations… nous cheminons ensemble, sommes tous en chemin.

Clotilde Levesque

Je vais organiser mon propos à partir du paragraphe 200 d’AL. Le pape, citant les Pères synodaux, insiste sur le fait que les familles chrétiennes, quand elles portent « le témoignage joyeux des époux et des familles [sont de véritables] Églises domestiques » et, dans ce cas, elles sont elles-mêmes « les principaux acteurs de la pastorale familiale ». C’est pourquoi, il enjoint l’Eglise de se « rapprocher des familles avec une humble compréhension » et « d’accompagner toutes les familles et chacune d’elles afin qu’elles découvrent la meilleure voie pour surmonter les difficultés qu’elles rencontrent sur leur route ». Il nous invite donc à « un effort d’évangélisation et de catéchisme envers la famille… »[1].

Les 4 verbes du Pape François dans Amoris Laetitia pour l’évangélisation des familles vont organiser mon propos :

-          « se rapprocher des familles avec une humble compréhension …. » : accueillir ;

-          « accompagner toutes les familles et chacune d’elles… » : accompagner ;

-          « effort d’évangélisation et de catéchisme » envers la famille : discerner, intégrer

Ces 4 verbes se retrouvent dans l’itinéraire de type catéchuménal. Les parents sont en fait  comme des « presque catéchumènes » !

Ces 4 verbes, qui sont autant de points d’attention pour l’évangélisation des familles, ne sont pas des catégories hermétiques mais sont complètement imbriqués les uns dans les autres.

 

1-     Accueillir :

-          Accueil inconditionnel, de toutes les familles :

Dans son discours au diocèse de Rome en juin 2016, le pape François nous fait remarquer que nous avons tous vécu une expérience de famille et que nos familles, quelles qu’elles soient, sont le lieu où nous avons grandi, où souvent nous avons trouvé les ressources nécessaires dans les situations difficile. Elles sont donc bonne nouvelle pour chacun de nous, pour nous tous ! Avoir regardé les familles dans la Bible et notre propre vie de famille avec réalisme et humilité, nous aide à être bienveillants vis-à-vis de toutes les familles, notamment « quel que soit le statut matrimonial des parents, aussi et surtout quand ces familles sont faibles ou désunies, impuissantes ou démunies devant les difficultés éducatives ou les problèmes matériels »[2].  Le Pape nous invite à la créativité missionnaire capable d’embrasser toutes les situations concrètes. Les familles qui sont dans nos paroisses ponctuellement ou de façon plus durable, et aussi toutes les familles que nous ne voyons pas ! Il nous demande d’une manière constante (notamment dans Evangelii Gaudium), d’être « des disciples missionnaires qui prennent l’initiative »[3], d’aller aux périphéries existentielles, de ne pas hésiter à aller là où Dieu est déjà… « Dieu qui anime, Dieu qui vit, Dieu qui est crucifié… mais c’est Dieu »[4].

Dans cet esprit, il nous faut sans cesse interroger nos manières de faires en catéchèse :

-          Les campagnes d’inscription au caté : se demander quel message une famille  va entendre, ce que cela dit de notre catéchèse.

-          Notre organisation pour les inscriptions au caté : les familles, les parents vont-ils se sentir les bienvenus, sentir qu’ils sont écoutés ?

-          attention à nos réunions de parents : les parents ne viennent-ils pas parce qu’ils ont peur d’être  piégés parce qu’on a « vraiment besoin d’eux pour faire le caté à leur enfant » ?

Vous avez partagé des expériences, où vous avez su prendre en compte les parents pour eux-mêmes, aller rencontrer les familles personnellement (par exemple dans l’itinéraire vers le baptême des petits enfants…)… vous avez constaté le plaisir qu’ils ont d’être écoutés, de voir qu’on a pris du temps pour eux.  

Cela a à voir avec la gratuité : « la gratuité est le langage [même] de Dieu. Il nous a créés gratuitement ; Il nous a recréés en Jésus gratuitement ; et Jésus, lui-même, nous recommande: «  Ce que vous avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement »[5]. Le TNOC nous dit aussi qu’en catéchèse, il est important que les personnes fassent l’expérience de la gratuité[6].

Dans une société marchande où tout se négocie, tout ce que nous proposerons de gratuit est signe d’Evangile.

Nous cherchons aussi à rejoindre les familles que nous ne voyons pas, ou plus, dans nos communautés chrétiennes, par exemple en faisant des propositions qui leur permettent de se poser, dans un lieu où ils savent qu’ils peuvent compter sur des personnes de confiance, où ils verront qu’on prend soin d’eux, de leurs enfants. Parce qu’on a entendu leurs difficultés de parents, leur fatigue, stress…  Par exemple les patronages, accueil pour l’aide aux devoirs… généralement une relation s’établit… parfois certains s’inscrivent au caté, des parents demandent à faire un  chemin…  des expériences de cet ordre vous seront présentées cet après-midi.

Le pape nous demande d’être attentifs aussi aux couples dans lesquels « il est possible que l’un des deux conjoints ne soit  pas baptisé, ou ne veuille  pas vivre les engagements de la foi[7] » ; ces situations peuvent être source de douleur. Mais « l’amour est un don de Dieu, et là où il est répandu, il fait sentir sa force qui transforme, de façon parfois mystérieuse, au point où « le mari non croyant se trouve sanctifié par sa femme, et la femme non croyante se trouve sanctifiée par le mari croyant » (1 Co 7, 14)[8].

Je pense aussi à la place que nous réservons, dans nos assemblées dominicales, aux familles avec des enfants, (notamment petits et bruyants !). Cela dit quelque chose de l’importance qu’elles ont pour nos communautés.  Les enquêtes, « radios trottoir », ne manquent pas qui nous indiquent que les jeunes parents, soit ne viennent pas à la messe, soit n’osent pas y emmener leurs enfants. Un petit rappel de la session d’il y a deux ans : Célébrer avec les familles. Sophie Gall nous disait que « chaque baptisé a, selon l’expression de Jean-Yves Hameline, une place marquée dans l’assemblée. Certes, certaines de ces places ne sont pas occupées, ou sont occupées à temps partiel, mais elles demeurent marquées. L’accueil des tout-petits n’est pas d’abord une recette pastorale pour toucher les parents. Il leur est dû au nom de leur baptême. Chaque petit a dans l’assemblée dominicale sa place marquée de baptisé. Les communautés chrétiennes ont un rôle à jouer dans cet accueil inconditionnel. Elles sont liées par un devoir d’aide à ces familles qui un jour ont demandé le baptême de leur enfant. »

Réfléchissons à tout ce que nous mettons en place pour que les familles, surtout avec de jeunes enfants, se sentent à leur place notamment dans nos messes dominicales… Un accueil à l’entrée, peut-être adapter les lieux… pour qu’ils se sentent pleinement attendus et sentent qu’on ne craint pas qu’ils dérangent ! Pensons à la fonction maternelle que doit exercer la communauté catholique selon le Texte National [9] .

Lire et travailler ensemble l’exhortation Amoris laetita, en diocèse ou en paroisse, peut nous aider à avancer avec la communauté sur cette question ! (On doit pouvoir sensibiliser tous les paroissiens et inviter à une conversion!)

 

-          Reconnaitre avec eux les semences du Verbe 

Après avoir fait un panorama de la réalité de la vie des familles aujourd’hui et, notamment des fragilités et difficultés rencontrées par un certain nombre d’entre elles,  le pape « rend[s] grâce à Dieu du fait que beaucoup de familles, qui sont loin de se considérer comme parfaites, vivent dans l’amour, réalisent leur vocation et vont de l’avant, même si elles tombent souvent en chemin »[10].

Le TNOC souligne que  la famille est un lieu de vie, où les évènements, questions, rencontres, attitudes, gestes, peuvent être déjà ce qu’il appelle « pierre d’attente pour l’Evangile »[11] c’est-à-dire qui mettent sur le chemin de l’Evangile et de la relation à Dieu : « passer du temps ensemble, prendre des repas ensemble, prendre soin des malades et des plus petits, partager les services, vivre l’hospitalité… »[12].

Le pape François nous fait remarquer que ce qu’il appelle les « semences du Verbe » sont présentes et vivantes dans la vie de nombreuses familles qui ne se revendiquent pas comme chrétiennes, et pourtant cela nous dit bien que l’Esprit est vivant et à l’œuvre .

Cependant, dans Evangelii Gaudium, Il nous invitait aussi à ne pas négliger que nos sociétés occidentales restent encore  imprégnées  de culture chrétienne, et qu’il reste dans certaines familles des valeurs d’un authentique humanisme chrétien. Nous pouvons donc reconnaitre l’œuvre de l’Esprit Saint, « là où une grande partie de la population a reçu le Baptême et exprime sa foi et sa solidarité fraternelle de multiples manières. Il faut reconnaître là beau­coup plus que des « semences du Verbe », étant donné qu’il s’agit d’une foi catholique authen­tique avec des modalités propres d’expressions et d’appartenance à l’Église. »[13]

Cela rejoint l’expérience des auteures du livre Prier ensemble à la maison : elles sont allées rencontrer un grand nombre de familles des diocèses de St Denis, Créteil et Le Havre, et ont été très surprises de découvrir qu’un grand nombre de familles vivent leur foi en famille, prient…  Finalement, il s’est établi un vrai échange de pratiques, et une collaboration alors qu’elles pensaient apporter les éléments pour apprendre à prier aux familles. 

Pour aider la famille, les parents, à jouer leur rôle dans l’annonce de la foi, la catéchèse peut être le lieu où l’on entend ce qui se vit dans les familles en créant des espaces possibles d’écoute, de soutien dans leur recherche et leur générosité, où ils pourront discuter notamment avec des personnes d’expérience.

 

-          Nous réjouir, célébrer :

Dans Evangelii Gaudium, le pape demande que « la communauté évangélisatrice, joyeuse, …  célèbre et fête chaque petite victoire, chaque pas en avant dans l’évangélisa­tion » [14].

Réjouissons-nous, sachons nous émerveiller d’une inscription au caté, d’une famille qui participe à l’éveil à la foi, d’une demande de baptême, de sacrement…  portons le dans la prière, prions ensemble avec les évènements de la vie. Le Seigneur dit du bien de nos familles ! Convions les familles pour des célébrations avec bénédiction. Où on pourra leur faire expérimenter que l’on peut se bénir l’un l’autre au sein d’une famille. Des parents ont témoigné qu’ils avaient été très touchés de se bénir entre conjoints.  N’hésitons pas à exploiter le Livre des bénédictions, qui propose des prières de bénédictions pour de nombreuses situations.

Le TNOC demande aussi que l’on marque les étapes de la vie de foi par des célébrations[15].

(Attention à la manière dont nous célébrons les sacrements de l’initiation en catéchèse ;  ils risquent parfois d’être vécus comme  diplôme de fin d’année !)

 

 

 

2-     Accompagner

-          Accompagner des personnes cela engage sur un chemin, avec une durée :

le pape incite les acteurs pastoraux à « encourager les familles à grandir dans la foi ». Il prévient la communauté évangélisatrice qui accompagne, … qu’il lui faudra beaucoup de patience ! ».

Dans une société de l’instant, la catéchèse propose des itinéraires, notamment de type catéchuménal, chemins de croissance pour les familles où elles peuvent partager leurs joies, questions, doutes, avec des personnes qui sont là pour leur montrer le Christ et leur permettre de le rencontrer.

 

-          Pas à pas, chacun selon son rythme et son itinéraire propre :

il s’agit de tenir compte du lieu où est la personne, la famille, et de l’accompagner en tenant compte des limites de chacun. Ce chemin est un chemin de maturation. Pensons encore une fois à notre propre cheminement dans la foi… Les parents que nous souhaitons accompagner sont des adultes, qui ont leur  histoire singulière. Chacun marche à sa vitesse, aussi bien du point de vue de la vie en Eglise que de la vie chrétienne.  « Sur ce chemin se produisent des avancées et des reculs, des arrêts et des recommencements, des traversées du désert et des pas en avant[16] ».  Pour autant, les parents de l’éveil à la foi ou de la catéchèse, en fonction de leur histoire et de leurs préoccupations du moment, suivent un itinéraire qui n’est pas forcément celui que nous avons pensé pour eux !… Ce qui explique que, parfois, ils ne répondent pas à nos sollicitations, qu’ils ont du mal à entrer dans nos démarches, nos propositions… et que nous avons souvent du mal à les comprendre ! Ils ont aussi certainement du mal à nous comprendre parfois !

-          Ne pas vouloir tout faire et tout dire !

« ... Il ne s’agit pas de leur exposer tout le Catéchisme… Le pape (en Jésuite qu’il est !) cite St Ignace, « ce n’est pas le fait de savoir beaucoup qui remplit et satisfait l’âme, mais le fait de sentir et de goûter les choses intérieurement »[17]

Il y a aussi un enjeu à ce que les familles trouvent du goût dans ce que nous leur donnons à vivre…; cela peut leur donner une idée du bon goût de Dieu.

 

 

-          Importance de la prière et de la participation à l’Eucharistie :

Le Pape François souligne « l’importance de la spiritualité familiale, de la prière et de la participation à l’Eucharistie » qu’elle soit dominicale ou célébrée plus particulièrement pour les familles  … et aussi des « liturgies, et pratiques dévotionnelles»[18] (ce que nous appelons souvent piétés populaires)… et il nous demande donc de l’encourager ! C’est une des intuitions des livrets que vous avez étudiés que de donner des éléments pour aider les familles à mettre en place un lieu de prière à la maison, de donner des moyens pratiques pour prier, pour faire du lien entre la vie des enfants, des familles et la vie de la paroisse, en faisant des ponts entre l’année scolaire et l’année liturgique.

Comme le pape François, n’hésitons pas à être très simples et concrets. 

 

-          La Parole de Dieu, au cœur de la pédagogie d’initiation :

La Parole de Dieu est au cœur de la pédagogie d’initiation. Nous nous réjouissons qu’elle trouve toujours plus sa place dans notre catéchèse. Aidons les familles à lire la Parole de Dieu, à découvrir des manières différentes d’entrer dans la Bible. Si, comme le disent les pères synodaux « la Parole de Dieu est source de vie et de spiritualité pour la famille »[19], multiplions les lieux de partage de la Parole de Dieu, avec les parents… des temps gratuits, cadeaux pour eux, et où l’on prend son temps… et, en même temps, il est important que la démarche soit structurée pour permettre d’ « entrer dans l’intelligence des Écritures « et que chacun soit à « l’écoute à l’égard de ce qui se passe dans les personnes lorsqu’elles rencontrent la Parole de Dieu, car « c’est l’Esprit Saint qui donne aux lecteurs et aux auditeurs, selon les dispositions de leur cœur, l’intelligence spirituelle de la Parole de Dieu[20] »[21].

Nous sommes nombreux à avoir été témoins de l’œuvre de l’Esprit dans une rencontre de personnes qui ne sont pas des grandes habituées des partages bibliques ; quelque chose s’est vraiment passé pour l’une ou l’autre personne qui éclaire un pan de sa vie ! Les participants s’enrichissent mutuellement.

Témoignage d’Olivier, papa d’un enfant du caté à Nevers qui se dit non pratiquant. Il a été invité à une réunion de parents pour lire l’évangile du dimanche suivant et partager avec les autres parents.  Il a réalisé la chance qu’il avait eu de vivre dans une famille où l’on s’aimait ; en rentrant de la réunion, il a téléphoné à sa mère pour l’en remercier ! Il est reconnaissant à la paroisse de lui avoir permis de faire cette démarche !

C’est une manière de découvrir, de faire découvrir… et d’approfondir toujours plus que «  l’amour du Père…, manifesté dans le don total de Jésus Christ, nous rend capables d’affronter ensemble les tempêtes et toutes les étapes de la vie.[22] »

-          A toutes les étapes de la vie :

Ces étapes, les familles tiennent encore souvent à les marquer en venant frapper à la porte des paroisses. Un certain nombre se marient à l’Eglise.  Les équipes de préparation au mariage regrettent que les couples, aussitôt après la célébration de leur mariage, disparaissent de la communauté chrétienne ; en réalité, ils réapparaissent à plusieurs occasions : pour le baptême d’un enfant, le caté,  la première communion, ou bien lorsqu’ils participent aux funérailles ou au mariage d’un parent ou d’un ami.  Le pape nous invite à ne jamais perdre une occasion de « les rapprocher des espaces d’accompagnement[23] ».

Des espaces où l’on sera à l’écoute pour les aider à donner du sens à ce qu’ils vivent à un moment donné de leur vie de famille en fonction des besoins, des dynamismes correspondant à cette période particulière de la vie. A toutes ces étapes, « il faut veiller à valoriser les couples, les mères et les pères, comme sujets actifs de la catéchèse […][24] ». Le pape François cite notamment la catéchèse familiale comme étant « d’une grande aide, en tant que méthode efficace pour former les jeunes parents et pour les rendre conscients de leur mission comme évangélisateurs de leur propre famille »[25].

Nous avons vu l’expérience de catéchèse familiale qui se vit dans le diocèse de la Martinique.

 

Encore une fois, la catéchèse a une expertise pour faire des propositions qui correspondent à ce qui se vit en famille à certains âges.

Et quand nous ne voyons pas vraiment comment y parvenir,  il demande que nous implorions l’action de Dieu dans les cœurs. «  Le grain de moutarde, semence si petite, devient un grand arbre (cf. Mt 13, 31-32)… »[26]

 

 

3-      Discerner

 

-          Le pape met la Parole de Dieu au cœur du discernement :

Elle « n’est pas seulement une bonne nouvelle pour la vie privée des personnes, mais c’est aussi un critère de jugement et une lumière pour le discernement des différents défis auxquels sont confrontés les époux et les familles »[27].

 

-          Relire de sa vie :

La relecture de sa vie est primordiale pour y reconnaitre le Seigneur à l’œuvre et l’éclairer de la Parole de Dieutransmise dans les Ecritures et la Tradition ; l’appel à la conversion de vie est suscité par la Parole de Dieu, la rencontre d’une communauté vivante, l’initiation à la prière et à la vie sacramentelle.  C’est ce que prévoit le Rituel de l’Initiation Chrétienne des Adultes (RICA), et c’est donc ce qui se vit au catéchuménat. Nous sommes invités à faire de nos propositions des itinéraires de type catéchuménal… C’est ce que propose l’itinéraire vers le baptême des petits enfants, et aussi certaines propositions de cheminement vers la première des communions qui incluent les parents, et articulent étapes liturgiques et temps de catéchèse.

 

-          L’itinéraire de type catéchuménal est un appel à la conversion

Il s’agit donc d’« accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour ». La  miséricorde du Seigneur agit en chacun de nous et nous stimule à faire le bien qui est possible … Cela concerne les exigences concrètes de la vie[28]. »

Dans la prière, il faut inviter les familles à « dire à Dieu ce qui perturbe le cœur, ou lui demander la force de guérir les blessures personnelles, et implorer la lumière nécessaire pour que chacun puisse répondre à son propre engagement »[29].

Toutes nos propositions qui permettent de créer des liens entre les familles, où les parents peuvent partager sur leurs manières de faire, de vivre, sont très importantes. Faisons toujours bien attention à prendre en compte les rythmes des parents, et ce qui, dans notre société, fragilise la vie des familles.

« Par une organisation de la catéchèse qui suscite des temps conviviaux et intergénérationnels, le dimanche peut devenir aussi un temps d’édification des liens familiaux. »[30]  La catéchèse fourmille d’idées : journée récréative à la Réunion, marche des familles, grands jeux, pèlerinages, dimanche autrement… sont autant d’occasions d’être ensemble gratuitement, de partager des temps de détente avec les enfants, de célébrer des choses importantes de diverses manières, de partager les espaces de spiritualité[31]

-          L’année liturgique rythme la vie des familles

L’année liturgique est un ancrage important pour le catéchuménat, et  pour la vie des familles. N’hésitons pas à profiter des temps forts qui sont encore marqués par beaucoup de familles : la Toussaint, l’Avent et Noël… ils pourraient être l’occasion de propositions explicites pour les familles.                       

C’est l’intuition des livrets que vous avez travaillé pendant cette session.

 

 

 

4-     Intégrer

-          Ne pas séparer :

Pour aborder cette notion d’intégration, le discours du pape à l'ouverture du congrès ecclésial du diocèse de Rome, en juin 2016, est éclairant. Il nous met en garde et nous invite à nous demander si nous ne sommes pas tentés par l’attitude du pharisien qui se sent bien meilleur que le publicain (Lc 18, 11).  Nous avons besoin de nous différencier ou de nous isoler des autres, spécialement de ceux qui vivent dans une situation différente. (Le Père de Villefranche nous disait aussi que le problème du pharisien est qu’il se croit « arrivé »… alors que nous sommes tous toujours en chemin.)

Ne pensons pas la communauté avec ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors… (Nous serions bien en peine de savoir clairement qui est dedans ou dehors !) mais favoriser les liens entre tous, et permettre de « raviver l’alliance entre la famille et la communauté chrétienne »[32].

 

-          Intégrer les fragilités :

Nous sommes tous dans le même bateau où sont intégrées les fragilités, les difficultés de chacun…

Tout ce que nous avons évoqué dans les paragraphes précédents sur l’accueil, l’accompagnement, le chemin de discernement… contribue à « intégrer » : « chaque être humain [qui] va peu à peu de l'avant grâce à l'intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour »[33].

 

-          La paroisse

Le pape insiste sur l’importance de la paroisse, lieu de la charité. « Elle est une famille de familles, où les petites communautés, associations et mouvements ecclésiaux s’harmonisent »[34]… avec plus ou moins de bonheur ! On voit bien le défi de faire vivre une famille de familles : avec des manières différentes de vivre la foi, des organisations de paroisses qui évoluent du fait de regroupements, de dispersion des chrétiens dans les campagnes. Nous devons bien réfléchir à ce que nous faisons en catéchèse… regrouper les enfants de plusieurs villages, ou pas…  qu’est-ce qu’on favorise ?

 

Là encore, attention à tenir compte de la réalité de la vie des familles quand nous faisons nos propositions : étant donné le rythme auquel vivent la majeure partie des parents, on ne peut pas leur proposer des réunions fréquentes, et on ne peut pas non plus ne s’adresser qu’à de petits groupes d’élites.  Si nous voulons rejoindre toutes les familles, il nous faut « être fondamentalement missionnaire, en sortie, de proximité… »[35],  sinon  nous restons entre nous… toujours les mêmes têtes, et parfois un peu grisonnantes !

L’enjeu de l’itinéraire de type catéchuménal est de faire en sorte que la personne accompagnée passe du je au nous ! Nous aimerions que les familles parlent de l’Eglise en disant nous !

 

Conclusion

Nous avons dit, à la suite du pape François, que les familles sont une opportunité pour l’Eglise !

Toute la pastorale d’accompagnement des familles n’est pas la catéchèse, mais il est indéniable que nous avons une expertise : ayons la même bienveillance pour les familles que pour les catéchumènes !

Je vais terminer par une formule du pape : il  invite  les communautés chrétiennes à reconnaître que «  ceux qui se marient,…  en s’engageant, dans la sincérité, à grandir dans l’amour et dans le don réciproque, … peuvent contribuer à rénover le tissu même de tout le corps ecclésial : la forme particulière d’amitié qu’ils vivent peut devenir contagieuse, et faire grandir dans l’amitié et dans la fraternité la communauté chrétienne dont ils font partie »[36].



[1] AL 200

[2] TNOC et principes d’organisation 2.3 p.82.

[3] Evangelii Gaudium 24

[4] Pape François, discours au diocèse de Rome, en juin 2016

[5] Pape François aux jeunes lors de La visite à la «Villa Nazareth» de Rome, en juin 2016.

[6] TNOC

[7] AL 228

[8] AL 228

[9] TNOC,  1.5 p 18

[10] AL 57

[11] TNOC, p.82-83

[12] TNOC. p.82-83

[13] EG 68

[14] EG 24

[15]  Principes d’organisation 1.2 page 42

[16] TNOC 2.3 p 23

 

[17] AL 207

[18]AL 223

[19] AL 227

[20] Catéchisme de l’Église catholique, n° 1101.

[21] TNOC p.50

[22] AL 290

[23] AL 230

[24] AL 287

[25] AL 287

[26] AL 287

[27] AL 227

[28] AL 223

[29] AL 227

[30] TNOC p. 88

[31] AL 225

[32]AL 279

[33] AL 295

[34] AL 202

[35] AL 230

[36] AL 207

 

Ressources multimédia

Cabochon partagez votre expérience
4 - Accompagner les catéchumènes
Cabochon Facebook SNCC
cabochon Facebook Initiales