La figure de l'Orant(e)

Liturgie - par Sylvie Bethmont, enseignante à l’Ecole cathédrale de Paris, Collège des Bernardins. -

1 Apôtre et une défunte en orante fragment
 

Par Sylvie Bethmont, enseignante à l’Ecole cathédrale de Paris, Collège des Bernardins

Si nous sommes aujourd’hui invités à lever les mains pour prier le Notre Père c’est que le concile Vatican II a retrouvé les racines historiques de notre foi. Ainsi en est-il de la figure de l’Orant, très fréquente dans l’art paléochrétien, qui symbolise la prière par son attitude : debout, parfois voilée, les bras levés vers le ciel, les paumes ouvertes. Sa posture récapitule une longue histoire, traduisant un geste ancestral antérieur au christianisme, qui puise ses origines dans les textes bibliques, mais aussi dans les images païennes où la figure féminine de la Pietas, la piété de l’empereur, est représentée sur de nombreuses monnaies.

L’Orante-Pietas

Dans l’art funéraire des catacombes –fresques et sarcophages- cette figure féminine en prières n’est pas engagée dans une histoire, elle forme le portrait idéalisé d’une défunte (l’Orante) espérant la Paix et la félicité éternelles.

Un apôtre et une Orante (dont le visage est inachevé), fragment de sarcophage, Musée Pio cristiano, Vatican, © SB.

Des figures de la prière

Une Orante peut aussi être associée à cette autre figure majeure de l’art paléochrétien : le Bon Pasteur.

2 Le Bon Pasteur, le philosophe et la défunte

Le Bon Pasteur, le philosophe et la défunte représentée en orante avec des matrones, sarcophage de la Via Salaria, IIIe sc., Vatican, © SB.

Le plus souvent elle voisine avec des images du Salut (Noé sortant de son arche (Gn 6), Les trois Hébreux dans la fournaise (Dn 3), Daniel dans la fosse aux lions (Dn 6) ou la chaste Suzanne convoitée par les vieillards (Dn 13)…) parfois représentées en position d’Orants pour supplier ou rendre grâces,

3 Noé sortant de son arche et les trois hébreux

Noé sortant de son arche, et les trois Hébreux dans la fournaise, sarcophage dét., Mus. Pio cristiano, Vatican, © SB.

 

4 Daniel dans la gosse

Daniel dans la fosse aux lions et Noé, Sarcophage dét. Mus. Pio cristiano, Vatican, © SB.

 

5 Suzanne

La multiplication des pains, Suzanne entre les vieillards, résurrection ou guérison,  sarcophage d’enfant, Mus. Pio cristiano, inv. 31436, © SB.

 

Prier debout

Dans l’Ancien Testament, le prophète Ezéchiel entend la voix de Dieu lui dire « Fils d’Homme, tiens-toi debout sur tes pieds, je vais te parler » (Ez 2, 1), puis il est mis debout par l’action de l’Esprit Saint : « À cette parole, l’Esprit vint en moi et me fit tenir debout » (Ez 2, 3). Le priant est mis debout, littéralement « ressuscité » par la prière qui le fait se tendre vers le ciel.

 

6 Simplicia Rustica

Prier les mains levées

A la question « comment devons-nous prier ?», saint Macaire répondait : « Il n’est pas nécessaire d’user de beaucoup de paroles, il suffit de tenir les mains élevées[1]. » L’orant reçoit Dieu sur ses paumes ouvertes et pour les chrétiens la position debout les bras levés permet de se rappeler la Passion du Seigneur[2].         

 

Simplicia Rustica, portrait de défunte en orante, provenant du cimetière de Ciriaca, IIe sc., mosaïque, Mus. Pio cristiano, Vatican,  inv 31584,© SB.

 

 

Une image de la croix, lieu de prière et de gloire du Seigneur       

Les Pères de l’Eglise ont vu une annonce de la croix dans la position de Moïse priant les bras levés pour soutenir Josué lors du combat contre les Amalécites (Ex 17, 8-19, 15). Ainsi Tertullien dans sa Réponse aux juifs : « La figure de la croix était ici nécessaire, cette figure par laquelle Jésus remporta la victoire (Co 2, 14-15).» Origène dans son Commentaire sur l’évangile de Jean, va plus loin, nous associant à ce combat spirituel : « Tout comme Moïse leva les mains, on peut dire : « Que mes mains s'élèvent comme l'offrande du soir (Ps 141, 2) ». Ainsi, les Amalécites et tous les ennemis invisibles seront défaits.»

Daniel

La figure de l’Orant perdurera dans l’art chrétien. Au VIe siècle saint Apollinaire (premier évêque de Ravenne mort martyr) est représenté dans la mosaïque d’abside de sa basilique en orant. A l’époque les artistes ne représentent pas encore l’image sanglante du martyre, le saint évêque se tient en prières et, comme saint Etienne le protomartyr, il voit « les cieux ouverts (Ac 7, 56).» On pourrait multiplier les exemples, en Orient -de l’art égyptien du Fayoum, aux icônes de la Vierges du signe- comme en Occident, ainsi à l’aube de l’an Mil, dans les illustrations du Psautier d’Egbert (Xe siècle[3]) les saints prédécesseurs de cet archevêque de Trèves, sont figurés frontalement, les mains levées et les bras étendus, en orants ou selon une position liturgique…

Mais sans ostentation car, ainsi que nous le suggère Tertullien dans son manuel de prière (De oratione) : « il convient d’élever les mains, mais modérément et avec humilité[4]

Daniel dans la fosse aux lions priant les bras en croix, dét. sarcophage, Mus. Pio cristiano,© SB.

 

Pour aller plus loin…

Jean-Claude Schmitt, La raison des gestes dans l’Occident médiévalnrf Gallimard, 1990.
Pierre Prigent, L’art des premiers chrétiens, Desclée de Brouwer, 1995.

Maria Antonietta Crippa et Mahmoud Zibawi, L’art paléochrétien, Zodiaque, Desclée de Brouwer, 1998.

 

Toutes les images proviennent du musée Pio cristiano au Vatican © Sylvie Bethmont, avec l’aimable autorisation du Pr. Umberto Utro.

 

 


[1] PG 34, p 249-250, cité par Michel  de Certeau, « L’homme en prière cet arbre de gestes », La faiblesse de croire, Pris, Le Seuil, 1987, p 17.

[2] Tertullien, De oratione, éd Evans, Londres, 1953.

[3] Deus meus respice in me, Ps 21, Psautier d’Egbert, Cividale del Friuli, Mus. Archéologique, ms. CXXXVI, f. 41v.

[4] Tertullien, De oratione, éd Evans, Londres, 1953.

 
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