Accompagnateurs, catéchètes ou … « mystagogues » ?

par Roland Lacroix -

BLK 62 illustration mai

La notion d’accompagnement a émergé peu à peu dans la pratique catéchuménale française – on parlait au début de catéchistes d’adultes –, ceci pour se démarquer de la catéchèse des enfants et d’une catéchèse de type enseignement.

Or, le Rituel de l’initiation chrétienne des adultes (RICA) n’emploie pas le terme « accompagnateurs » mais le terme « catéchistes ». La version provisoire de ce rituel, utilisée de 1974 à 1996, employait d’ailleurs le terme « catéchète ». Sans jouer sur les mots, il s’agit ici d’identifier plus précisément la mission des accompagnateurs et accompagnatrices dans la pratique catéchuménale et de se demander si parler d’accompagnement suffit à dire l’ampleur de cette mission.

 

Dans le paragraphe qu’il consacre aux « catéchistes » (n. 51), le RICA relève que leur responsabilité ne se cantonne pas au « progrès des catéchumènes » mais s’élargit à « la croissance de la communauté ». Au service des catéchumènes, les catéchistes favorisent leur ancrage dans la communauté. Catéchiser, ce n’est pas seulement expliquer l’Église, c’est permettre d’en faire l’expérience. Au service de la communauté, ils la font grandir en l’aidant à accueillir les nouveaux-venus, car l’Église s’initie elle-même en initiant les catéchumènes.

Le RICA souligne aussi le rôle liturgique des catéchistesDe fait, comme mise en œuvre de l’initiation chrétienne, la pratique catéchuménale est une pratique essentiellement liturgique et sacramentelle, étapes liturgiques et liturgies de la Parole en étant le cœur. Cependant, accompagner un catéchumène relève aussi de l’accompagnement proprement dit, parfois accompagnement spirituel, parfois révision de vie... Le RICA prend d’ailleurs en compte cette complexité : les catéchistes « veilleront à ce que leur enseignement soit conforme à l’esprit de l’Évangile, corresponde au temps et aux symboles de la liturgie, soit adapté aux catéchumènes ». Heureusement, on n’accompagne jamais seul. Le témoignage chrétien, dans l’initiation chrétienne, se porte à plusieurs : peuple de Dieu, parrain et marraine, ministres ordonnés et évêque (n. 44-50).

BLK 62 illustrationNous pourrions finalement avancer l’hypothèse que la mission des catéchistes de catéchumènes, telle que la décline le RICA, est modèle pour tout acteur de la catéchèse. Elle se trouve en effet à la croisée des différentes dimensions de l’initiation chrétienne : faire résonner la Parole pour qu’elle nourrisse et accompagne une conversion, accompagner comme témoin du Christ un apprentissage de la vie chrétienne dans ses dimensions personnelle et communautaire, faire confiance à la tradition liturgique de l’Église dans la traversée d’un itinéraire tout entier sacramentel et au cœur duquel la catéchèse est structurée par la liturgie… Avec cette tâche peut-être trop peu relevée : discerner avec le néophyte à quoi Dieu l’appelle, sa vocation. Ce que peut s’autoriser l’accompagnateur-catéchète grâce à la relation de confiance et de proximité qu’il aura nouée avec la personne accompagnée.

Sans ajouter à la complexité du lexique, mais pour mieux appréhender la richesse de leur mission, il est alors possible de qualifier de « mystagogues » les accompagnateurs et accompagnatrices. Ils accompagnent en effet l’entrée des catéchumènes dans le mystère de la foi, honorant ainsi la mission de tout catéchète : « mettre quelqu’un non seulement en contact mais en communion, en intimité avec Jésus-Christ », comme le rappelle le Texte national pour l’orientation de la catéchèse en France (1.1, puisé dans catechesi tradendae 5 et repris dans le numéro 80 du DGC). En phase avec les propos du pape François (cf. EG 169-173), les accompagnateurs sont ainsi pleinement au service du processus personnel de croissance.

 

 

 

Roland Lacroix

   

 

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